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De la vie et comment on s'est fait avoir.


On a accepté de vivre dans des schémas. On s’est installé dans la routine du quotidien. On nous a expliqué depuis la plus tendre enfance qu’il n’y avait rien de tel que le travail. On nous a rabâché que c’était la santé et qu’il était indispensable de bien apprendre à l’école si l’on voulait plus tard avoir une bonne situation et fonder une famille comme on dit, l’aboutissement ultime. On a vu nos parents faire ainsi et tout ceci semble relever de la plus grande normalité.

Muxia est une petite ville de Galice avec son port vétuste, ses bateaux de pêche, son calme et la chaleur des gens du sud. On a été accueilli par une sympathique employée du port. Elle s’est empressée de nous amarrer correctement, avec le geste sûr de ceux qui prennent à cœur ce qu’ils font. Puis elle est repartie sur son vélo pliant entre les planches des catways dont certaines en fin de vie. On l’a ensuite retrouvée à la capitainerie. C’était une petite guitoune en bois qui servait aussi de station essence. On pouvait voir un petit drapeau breton au mur juste derrière elle. Cette gentille personne prenait du plaisir à parler quelques mots de français quand elle en avait l’occasion, elle avait le sens du contact. Ça la changeait de sa monotonie quotidienne. Ça ramenait un peu d’exotisme et de convivialité aussi. Elle était là pour tenir le commerce de la station et du port. Elle semblait fatiguée de sa journée à courir d’une tâche à l’autre. Elle faisait un boulot sans grand intérêt mais avec le sourire, et généreusement. C’était très touchant. Elle acceptait son fardeau avec grâce.


On a accepté de vivre dans des schémas. On s’est installé dans la routine du quotidien. On nous a expliqué depuis la plus tendre enfance qu’il n’y avait rien de tel que le travail. On nous a rabâché que c’était la santé et qu’il était indispensable de bien apprendre à l’école si l’on voulait plus tard avoir une bonne situation et fonder une famille comme on dit, l’aboutissement ultime. On a vu nos parents faire ainsi et tout ceci semble relever de la plus grande normalité.


Mais au bout du compte, quand on additionne tout, le compte n’y est pas. On s’est fait léser. On a beau se réfugier dans les plaisirs occasionnels, il n’en demeure pas moins que le vide intérieur s’est installé durablement. Le désenchantement est bien réel et la tristesse règne au plus profond. Mais que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui nous a échappé ?


Eh bien, on s’est conformé à un modèle. On a suivi aveuglément ses aînés, docilement, trop occupé à être une bonne petite fille ou un bon p’tit gars. On a voulu plaire à ses parents et faire comme tout le monde.


La vie se résume-t-elle à un boulot pour la plupart sans grand intérêt et routinier ? Est-ce de fonder une famille dans laquelle règne les tensions et les conflits, quoi qu’on veuille bien nous dire ? C’est bien de cela qu’il s’agit non d’une pipe ! Nos aînés nous ont laissé un monde au bord du gouffre, dans lequel règnent la terreur et l’insécurité, l’exploitation des individus et les dogmes en tout genre. 2 000 ans de propagande religieuse et son lot de culpabilité, de morale véreuse et de jugement, de guerres propres et de KO. Et nous, dociles petits marmots, eh bien on a accepté tout en bloc sans rien questionner.


À force de conformisme, on s’est installé dans le confort et la quête de sécurité. Mais l’essentiel en a été oublié : de nous donner une vraie éducation et non pas celle qui conduit l’individu à devenir un parfait décérébré, ambitieux et égoïste. On parle ici d’une éducation digne de ce nom, avec amour, et sans coups de trique voyez-vous. Non, une éducation où l’on vous laisse penser par vous-même, questionner tout et ne rien prendre pour argent comptant, sans jugement aussi. Une éducation qui encourage la curiosité. Une éducation où l’on vous apprend des choses qui servent, comme la cuisine ou le bricolage par exemple. Une éducation qui encourage la passion, qui permette de découvrir que l’amour n’est pas la possession ni la jalousie, et que la vie offre la possibilité de découvrir autre chose que la médiocrité du quotidien. Une éducation qui permette d'être autonome quoi.


On ne nous a pas non plus enseigné que l’état de nos relations est capital. On ne nous a rien dit de tout cela, ni de ce qu’est la nature de la pensée, de l’individu, de la mort, de l’amour, du plaisir, du temps et des images.


Mais il est encore temps de prendre les choses en main et d’agir en conséquence. Surtout ne demandez pas comment. Cela reviendrait à accepter un système, une autorité, bref toute chose mensongère. Il n’y a pas de méthode. C’est une route sans boussole. Il suffit d’ouvrir grand les yeux, de ne pas avoir peur de repartir à zéro et de faire table rase du passé.


Courage pour soi tout seul!

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