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Fuir la monotonie du quotidien.


Il n’y a pas de temps, psychologiquement, ni de distance nous séparant de la réalité. Il n’y a que l’omniprésence de ce qui est maintenant, sans choix. Le temps est la pensée. La pensée est la réaction de la mémoire, et le temps n’est pas de l’instant.

On est bien conscient que tout ceci a un caractère exceptionnel. On ne sait quand le départ s’invitera mais on savoure chaque moment en attendant de basculer dans l’inconnu. On se prépare tranquillement, sereinement, psychologiquement aussi. Que ce soit demain ou dans un mois n’a pas d’importance. On s’est mis en condition. Le processus est enclenché. Le grand changement a déjà eu lieu intérieurement. On est prêt à attendre une éternité s’il le faut.


Il n’y a pas de temps, psychologiquement, ni de distance nous séparant de la réalité. Il n’y a que l’omniprésence de ce qui est maintenant, sans choix. Le temps est la pensée. La pensée est la réaction de la mémoire, et le temps n’est pas de l’instant.


"On est parti dans la vie avec les conseils des parents. Ils n’ont pas tenu devant l’existence. On est tombé dans les salades qu'étaient plus affreuses l'une que l'autre. On est sorti comme on a pu de ces conflagrations funestes, plutôt de traviole, tout crabe baveux, à reculons, pattes en moins. On s'est bien marré quelques fois, faut être juste, même avec la merde, mais toujours en proie d'inquiétudes que les vacheries recommenceraient… Et toujours elles ont recommencé… Rappelons-nous ! Toujours." Céline, Guignols band…


Pourquoi citer cet immense écrivain régulièrement ? Parce qu’il y a tant de force et d’émotions restituées dans ce langage écrit, et tant de vitalité que c’est bouleversant. Être touché par la musique de Céline c’est se confronter à la nature humaine telle qu’elle est. Sinon on l’invente. Et puis c’est la regarder bien en face, sans détournement. Car avec Céline, on n’échappe pas à ce que l’on est. On s’éveille à nouveau, ou bien on périt. Avec lui, on comprend soudain qu’on ne faisait que ramper misérablement et qu’il vient d’y avoir lieu une déflagration là sous nos yeux. Ne pas entendre la musique de Céline c'est être insensible aveugle à ce que l’on est profondément.



On a trop tendance à côtoyer les ombres et les chimères. Alors on se perd en chemin à trop vouloir jouer avec le temps. Et puis on s’aperçoit qu’on est devenu vieillissant, misérable, chacun à sa façon.



Ce voyage à la voile nous garde bien alerte et vivant. Il n’y a pas de place pour l’ensommeillement, la routine ni la demi-mesure. Être engagé dans une aventure de la sorte c’est avoir déjà traversé le doute et la peur. C'est aussi se retrouver au-delà du connu. On commence alors à comprendre la nature conditionnée de l'être et la nécessité de s’en libérer, pour arrêter de lutter. Il se joue une partition bien plus grande que le fait d’aller d’un point à un autre. La distance qui sépare deux points n’est que le temps. C'est du vide. La vérité se trouve ailleurs, dans le cheminement, si tant est que l’individu soit en quête de quoi que ce soit d'autre que la quête de plaisirs et de sensations.

Il n’y a de vérité qui ne soit commune à tous. Ce que l’on découvre de soi-même profite naturellement à tous. L’existence "singulière" est belle est bien celle de la totalité de l’humanité, rien de moins. Mais la singularité ne peut exister que lorsque l’on abandonne les images et les croyances. Sans cela on demeure isolé tel un fragment, sans lien avec le reste. La grande énergie du cosmos ne peut alors se manifester en soi. Il n'y a pas d’accès possible. On est trop petit de l'intérieur. On reste alors englué dans la dérive du quotidien, de plaisirs en plaisirs, de peurs en peurs, s’économisant.


Questionner la totalité c’est être en bonne santé. Cela commence par la décroissance, le statut, la nationalité, la religion. Le reste suit, naturellement. En attendant l’aiguille du compte-tours est dans le rouge. Le moteur chauffe. Il n’y a aucune méthode ni manuel pour nous aider. On doit s'armer d'honnêteté et avoir envie d'exister pleinement avant de mourir.


À quoi bon vivre pour accumuler, quand le reste de l’humanité est bord du précipice ? Il ne peut y avoir de bonheur individuel. La seule chose que l’on connaisse est le plaisir et la souffrance. Mais on ne fait pas une existence épanouie avec du plaisir monsieur, il en faut bien plus. Se contenter de sensations réduit l’existence à pas grand-chose. On meuble les espaces vides avec du Ikea, du standardisé et de l’industriel. Mais cela n’en fait pas un lieu accueillant, singulier, ni beau. Notre posture doit prendre sa source dans l’exigence et la vertu. On ne peut se contenter du passé et des souvenirs. Cela manque cruellement de vitalité.


Il y a si peu de vérité dans notre éducation et notre culture. C'est l'apprentissage du conformisme. Il y a si peu d’authenticité aussi. Notre héritage a contribué à faire de ce monde ce qu’il est aujourd’hui : une jungle sans nom, de toute évidence. On n’y échappe pas. Il y a urgence à détricoter la chose. Il n’y a qu’à traverser, c’est de l’autre côté de la rive…


Le calme s’est installé dans la marina. La nuit est sourde et les énergies sont au repos. Le lieu accueille tous ceux qui souhaitent migrer vers le sud, ou bien l’ouest, en quête d’une vie meilleure. On croise des Belges flamands, des Norvégiens, des Écossais, des Suédois, des Anglais, des Français et tout le reste. On découvre surtout des individus fuyant la monotonie du quotidien. Que l’on ait un petit ou un grand bateau importe peu. On se retrouve comme on est, fragile, enclin au doute, vivant. Chacun peaufine son aventure avant de repartir. Cela crée de la solidarité. On se sent faire partie de la même fraternité, des enfants de la mer, et puis de la terre aussi.


On se demande parfois à quoi bon partager toutes ses observations, ses questionnements et ses états d’âme. Quelle est la valeur de ces échanges ? Est-ce juste de la distraction ? Quand on voit la même chose au même moment avec la même intensité, on partage alors quelque chose de vrai. Ce que l’on observe n’est plus le fruit de la pensée mais le fait, indiscutablement. Si tel est le cas et bien on participe du même voyage, de la même aventure. On partage ainsi les mêmes découvertes.


Pour cela il est nécessaire d’écouter diligemment, attentivement, calmement. Il est alors possible de communier et d’aller au-delà de l’autre côté de la clôture, de ce que l’on est. Si l’on parvient à cela on découvrira sûrement le sens de l’amitié, et de la fraternité.

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