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On a besoin d'espace intérieur pour fonctionner..

Dernière mise à jour : 20 nov. 2021



On se sent bien souvent plus connecté dans une amitié naissante qu’avec sa propre famille. Les échanges y sont plus justes, moins édulcorés et plus vivant. Le poids du passé n’a pas encore d’influence. On se trouve un peu compagnon de fortune, rescapé de la vie, amoureux du grand large défiant le conformisme. Ce qui rend la relation singulière c’est qu’elle est furtive à l’échelle de la vie, chacun suivant sa route. On n’a pas le temps de s’attacher, on accepte alors en soi l’impermanence en toute chose..


Il y a le besoin de solitude, le partage et puis le cheminement avec des êtres humains. C’est ce qui rend l’instant joyeux, plein de surprises et de découvertes quant à la nature humaine, c’est à dire soi-même.

On peut aussi opter pour la fuite, mais on retrouve vite la personne qu’on a quitté. On est ce qu’on a été, à moins d’avoir opéré une transformation psychologique entre temps, et de s’être libéré du surplus de bagages. Il n’y pas de remède miracle.


Il est bien difficile d’observer les faits, de constater ce que nous sommes sans déformations, sans y injecter ses idées. On se voit toujours plus grand que ce que l’on est. Mais que sommes-nous vraiment ? Une série d'attachements et d'identifications. Un corps, une forme, un nom, un compte en banque, une nationalité, un statut social, des valeurs, des croyances, une éducation, des images, des traumatismes, des peurs, des expériences, un mari ou une femme, des enfants, une maison, un travail, de la jalousie, de l’envie, de la violence, de l’égoïsme, de l’ambition, etc... On est tout cela à la fois..


Nous sommes le contenu de notre conscience, une série d’accumulations dans le temps.

Le présent est le passé modifié se projetant dans l'avenir. Il nous est impossible de créer du neuf avec du vieux. Alors nous inventons le futur. Il y a les saisons, la pousse des végétaux, l’heure d’après la montre : le temps chronologique, mais psychologiquement demain existe-t-il ? Le temps implique un processus graduel, transformer ce qui est en ce qui devrait être.. Mais existe-t-il une progression d’ordre psychologique nécessitant du temps ? Le temps est le cheminement de la pensée, et cette dernière nourrit la peur. Mais existe-t-il un devenir, une transformation, un changement d’ordre psychologique ? Les traditions sont basées sur la progression dans le temps. Les schémas, les méthodes et les pratiques pour "devenir" impliquent l’effet du temps pour s’accomplir. La compréhension passe-telle effectivement par le temps ou bien est-ce plutôt une perception qui engendre un changement immédiat ?


Est-il possible de rejeter le laborieux processus de devenir, le mouvement de ce qui est vers ce qui devrait être ?

Est-il possible de transformer ce qui est sans faire intervenir la durée, le temps ? Pour savoir il faut écarter les méthodes traditionnelles de la progression et de l’effort. Tout cela implique le conflit, qui est la division entre ce qu’on est et la chose observée. Quand on accepte de suivre des directives en quête de nouvelles expériences, dans l’espoir de réussir, de changer ou de s’améliorer, sans rien questionner, alors on se retrouve piégé dans le temps, asservi pour ainsi dire.


Peut-on voir factuellement la relation du temps et du conflit engendré ? Car là où il y a un conflit, l’esprit est dénaturé, conditionné. Un esprit conditionné ne peut jamais découvrir ce qui est vrai. Il y a une distorsion dès lors qu’il y a un effort. Voir la façon traditionnelle du devenir, de l’effort, du conflit et du temps c’est avoir un esprit clair, apte à percevoir ce qui est sans déformation..


C'est une perception directe qui permet cela. Car percevoir clairement suppose un esprit libre du temps et de la pensée. Comprendre cela c’est modifier la structure de la pensée, rien de moins.

Voir clairement nécessite de l’espace intérieur, non encombré par les bavardages inutiles et le bruit de la pensée. Il y a un besoin vital d’espace extérieur et intérieur. Quand on accumule les expériences, les souvenirs et le savoir, l’esprit n’a plus d’espace pour fonctionner. Or on a besoin d’espace pour que cesse les conflits en nous-mêmes. On avance de pensée en pensée sans intérêt. Il est impératif d'observer ce qui est du passé, des douleurs d’hier, des souvenirs et des croyances, et de ne plus y donner de continuité. On retrouve le conflit et la violence dans les villes surpeuplées, par manque d’espace..


L’isolement est grandement responsable du manque d’espace. On résiste au changement, on résiste aux nouvelles idées. La résistance est l’action de la volonté, et cette dernière est l’affirmation de l’égo, l’ambition, la soif de pouvoir, de prestige. Peut-on agir sans que la volonté intervienne ?


On nous a éduqué à vouloir et devoir, dans la volonté, qui sont des formes de résistances..

Est-il possible de renoncer à une habitude sans résister, sans faire intervenir la volonté ? Car c’est en résistant qu’on fait naître la contradiction : ce qui est versus ce qui devrait être. Et c’est seulement quand le temps psychologique disparaît que le conflit cesse, et l’esprit peut enfin retrouver sa liberté et son espace.


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