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La douleur est dans l'accumulation.

Dernière mise à jour : 7 mars



On se laisse vite embarquer dans la routine relationnelle. On se retrouve à côtoyer des gens avec qui on ne partage plus rien, car on semble avoir écrémé tous les sujets. Il n’y a plus rien d’intéressant à se raconter, depuis le début. On bavarde alors dans l’inutile, dans le factuel, dans la bêtise, pour meubler le vide. L’habitude et la routine vont de pair quand on n’est plus attentif aux mouvements intérieurs. On se laisse alors porter dans une existence semi-éveillée, sans plus se poser de questions. On est conforme au modèle. On fait ce qu’on nous a dit : on bosse, on élève des gosses, on paye le crédit du pavillon.

Cette existence en demi teinte ne peut qu’œuvrer pour le lendemain ou dans dix ans, même fuite, même échappatoire. Le vide dérange, alors on meuble avec ce qu’on peut : des abstractions, des plaisirs et des abus en tout genre. On n’est pas dupe au fond mais ça semble plus facile de s’évader que d’observer le fait de ce qu’on est devenu. C’est moins douloureux dans l’instant.


LA DOULEUR EST DANS L'ACCUMULATION, LE PASSÉ ET LA PENSÉE, QUI SONT DES RÉACTIONS DE LA MÉMOIRE.

On donne de l’importance à la douleur pour donner de l’importance à ce que l’on est. Et c’est l’image que l’on a de soi qui est blessée, car sans image, pas de blessures. On donne de l’importance au moi parce que l'on est vide et superficiel.


La personne qui dit "je" est une forme d’illusion, d’accumulation dans le temps, une construction psychologique sans profondeur, une série d’images formant une fragmentation : être un homme, ouvrier ou chef d’entreprise, mari, père de famille, catholique, de droite, français, parisien, propriétaire ou locataire, marathonien ou joggeur du dimanche peu importe. Que des images qui tentent de cohabiter pour former un tout unifié, dans la fragmentation


Mais l’être fragmenté est bourré de contradictions, naturellement. La contradiction engendre le conflit et la confusion. On fuit cet état de fait dans la distraction : église, mosquée ou synagogue sont des distractions, mais le sacré existe hors des dogmes et du conditionnement aux mots et aux rituels.

Ainsi il n’y a rien de sacré en nous, que du simulacre et de la bêtise. Nos croyances nous donnent une certaine autorité pour prétendre à ce que l’on est pas. On adopte juste une autre image, en plus des autres, de l’arrogance et du vide intérieur. Ainsi, tout ce que l’on défend et que l’on a accumulé est sans grande valeur. Ce ne sont que des souvenirs, des blessures, des images, des plaisirs, des certitudes et des croyances, sans aucune compréhension de ce qui forme un tout unifié. Constater cela honnêtement sans broncher est le début de l’intelligence. Et l’intelligence n’est pas le fruit de la pensée. L’accumulation de la connaissance n’est pas l’intelligence, désolé.


Nous passons pourtant la plus grande partie de notre vie à accumuler du savoir et des expériences. Or le savoir et la mémoire appartiennent au passé. Les habitudes et les traditions sont du passé, elles agissent comme des autorités qui conditionnent le présent, et auxquelles il faut se soumettre. Le présent est donc le passé modifié se projetant dans l’avenir.

Est-il possible de vivre le présent sans le poids du passé, sans être encombré par le conditionnement, libre de la projection et de la fuite en avant ? Comment pouvons-nous découvrir cela ? Avec la pensée conditionnée ? Vraiment ? Non.


La pensée doit être totalement silencieuse pour que l’individu puisse exister en totalité, sans fragmentation ni blessures.
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