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Se détacher du connu...

Dernière mise à jour : 24 févr.




Extrait du journal de bord "Confessions du grand large", T.Geschals


Arriver à la voile à Lagos en Algarve, au sud du Portugal, c’est avancer un peu plus dans le grand voyage... Il y fait plus chaud et on sent qu’on se rapproche de la grande traversée, car ensuite c’est les Canaries, puis les Antilles. En soi les Canaries semble déjà une traversée de taille, entre cinq et six jours de navigation dans la haute mer et le grand large, avant dernière étape avant de passer à l’ouest. D’un côté les choses semblent se préciser, se dessiner au fur et à mesure.. et puis de l’autre on en perd ses repères, on ne sait plus trop quel jour on est, ni quel était le dernier port de transit. On se détache du connu pour vivre au jour le jour, libre du temps, libre d’aller ou bon nous semble.. Toutes ces histoires de confinement et d’attentats paraissent un peu irréels. On a du mal à comprendre les forces occultes à l’oeuvre.. Il y a les injonctions à s’isoler collectivement, et puis il y a le courant dans lequel toute l’humanité semble baigner.. le factuel n’étant le reflet que de ce qui se passe d’un point de vue plus psychologique.. au delà des représentations de l’instant.


L’HUMANITÉ C’EST VOUS, C’EST NOUS.. C’EST L’ÉTAT DE DÉFIANCE ET D’ISOLEMENT QUE NOUS INCARNONS..

Nous ne sommes pas habitués à penser les choses en perspective, avec du recul.. Nous avons besoin de distractions, aussi aimons-nous raconter la tristesse de notre sort. Nous vivons essentiellement dans la quête incessante de sensations.. Nous sommes en quelque sorte devenus des journalistes du quotidien, intéressés par vendre et colporter des histoires, nos histoires, plutôt que de les observer sous une lumière blanche, crue, et de les comprendre.


Seule l'observation attentive permet la compréhension.

Nous avions une fenêtre météo pour partir demain, direction la Graciosa, première île des Canaries quand on arrive depuis le nord. Mais on a choisi d’attendre la prochaine opportunité, pas assez de vent au départ et trop à l’arrivée. Il est difficile voire inutile de faire des plans trop précis car il faut en permanence réajuster le tir. Il n’y a plus d’automatisme ni de routine, tout est vivant, neuf, changeant. Avoir des repères semblent superflu. Nous vivons comme en suspension : légers, alertes, mobiles, attentifs..


Ce soir, nous avons fait le plein de nourriture, en prévision de notre prochaine navigation, et d’un potentiel confinement.. Qui sait si la folie des hommes arrivera jusqu’à nous ? Pour l’heure le calme s’est installé dans la marina, le vent nous a abandonné, le sommeil va nous gagner..

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