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De la routine et des habitudes...

Dernière mise à jour : 20 févr.


Extrait du journal de bord, "Confessions du grand large". T.Geschals


Cela fait déjà une semaine que nous sommes dans la marina de Lagos. Les jours passent et ne se ressemblent pas. La douceur du climat et le charme de cette ville à taille humaine vous gagne petit à petit. On pourrait y rester une éternité. Et puis il y a l’impulsion d’aller voir ailleurs, de découvrir d’autres horizons, de (re)partir.. C’est un sentiment étrange que d’arriver à la voile dans un endroit que l'on ne connaît pas, de nuit, et de découvrir ensuite tout ce que les lieux recèlent de beauté et de surprises. Et puis vient le moment où le besoin de larguer les amarres se fait sentir, l’appel du large vous gagne, la liberté de mouvement réclame de la découverte.. On sent alors qu’il faut bouger, suivre son chemin et ne pas succomber à la tentation de la routine, des habitudes et d’une mort à petit feu.


Mais qu’est-ce que l’habitude, la routine ? Comment bascule-t-on dans le train train du quotidien ? Doit-on impérativement sombrer dans une existence mécanique d’où la fraîcheur et la spontanéité sont absentes ? Est-ce inévitable ? Est-il possible de vivre passionnément, comme si chaque jour était le dernier ?


L’habitude est le fait de l’inattention, n’est-ce pas ? Et quand sommes-nous inattentifs ? Quand nous n’aimons pas quelque chose.. Alors notre attention s’éclipse, et nous fuyons.. Par contre, quand nous sommes totalement attentif, la routine n’existe pas.. C’est assez simple à comprendre.. Ce n’est seulement que quand nous sommes intéressés, passionnés par ce que nous faisons que l’on trouve cette qualité d’attention.. Mais dès lors que nos activités sont sans intérêts, dès que nous acceptons toutes sortes de compromis, le quotidien devient mécanique, routinier, comme guidé par un robot..


Nous avons accepté de vivre dans des modèles, des schémas, des images, pour bien être conforme aux attentes, pour bien remplir sa fonction, pour mieux se trahir.. Nous vivons des existences de seconde main, dépourvues de sens, routinières, car la flamme nous a quitté, probablement depuis bien longtemps... Nous savons bien au fond de nous-mêmes que la vie doit pouvoir offrir plus que la médiocrité du quotidien, nous avons parfois quelque sursaut de lucidité.. Mais nous occultons la misère, nous la dissimulons, nous simulons l’orgasme, sans grande conviction.. Et puis nous retournons à notre fardeau, diligemment, résignés à notre sort, comme si de rien n'était.


Nous cultivons une fainéantise de l’esprit : surtout ne pas questionner, ne rien remettre en cause, ne pas regarder ce qui s'impose, se contenter d'opinions déjà bien frelatées, usées, sans vitalité.. Nous préférons inventer des lendemains qui chantent, c’est bien plus commode, ça permet de survivre.. Mais imaginer sa vie ne la rend pas plus heureuse, car cette forme d’évitement est une fuite en avant.. Notre besoin insatiable de sécurité psychologique nous conduit dans toutes les voies sans issues, toutes les impasses.. Mais nous nous accrochons, car nous ne savons pas comment il pourrait en être autrement..


De l’observation de notre existence routinière sans fuir le constat, de cela naît une énergie insoupçonnée.. Une nouvelle forme d’action est possible alors, qui permet de changer et donner la nouvelle impulsion.. La vie peut alors retrouver sa fraîcheur, comme quand on était enfant, insouciant, gai, spontané.

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