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Écrire pour se découvrir soi-même..

Dernière mise à jour : 15 avr.




Pas facile de conseiller l’autre sur le comment de l’écriture.. Il faudrait plutôt évoquer le pourquoi de l’écriture, car l’expression écrite, si tant est qu’elle puisse s’adresser au plus grand nombre, c’est-à-dire qu’elle puisse toucher l’autre en plein coeur, doit exprimer une forme d’universalité. Raconter sa propre histoire du point de vue de son être conditionné ne présente en soi pas grand intérêt. Tous les grands auteurs attestent de cela.

Percevoir l’universalité d’un phénomène derrière l’anodin est ce qui permet à un texte d’être sublimé. Vient ensuite le style. Céline disait à propos de ce dernier qu’il était tout et qu’il y avait un à deux auteurs stylés par siècle, c’est dire.. Il oubliait de mentionner que l’admirable style dont il était doté cachait une immense sensibilité et une perception de la nature humaine et de « l’universalité »..


J’ai découvert l’écriture, c’est à dire l’envie d’exprimer, lors d’une transatlantique à la voile et en famille, il y a un peu plus d’un an. J’avais tout le luxe du temps et de l’observation. Cela à commencé par la tenue d’un journal de bord, consignant ainsi le factuel de l’état du vent et de la mer au quotidien. J’ai vite trouvé cela sans grand intérêt aussi me suis-je mis à évoquer le mouvement intérieur des émotions et des sentiments, liés à la peur de la navigation de nuit sans lune, quand l’obscurité totale vous envahit et que vous ne contrôlez plus grand chose..


S’en ait suivit 400 pages de réflexion « philosophiques et psychologiques » sur la nature humaine, les conflits intérieurs, l’amour, la beauté, les traumatismes, le plaisir, la mort etc etc… Tout est devenu prétexte à creuser les profondeurs de l’être.. Il y a eut aussi des rencontres qui ont suscité l’envie d’écrire, comme pour soulager sa conscience, pour rester soi-même intact si je peut me permettre.. Avec du recul, il y a certains extraits qui incarnent plus de vérités que d’autres et qui concourt d’une observation fine d’une situation, qui va engendrer une forme de réflexion plus globale…


Je vous propose donc pour conclure un petit passage d’une rencontre sur le bateau, à notre arrivée à La Graciosa, la première ile des Canaries quand on descend du Portugal. Cela n’a aucune vocation littéraire, mais servira seulement le propos de l’écriture comme mode d’expression, espérant ainsi rendre la démarche moins hostile...


Une famille névrosée..


« On a fait la rencontre d’une famille originaire de Toule. Ils naviguaient sur un ancien catamaran de 45 pieds, une génération de voilier à l’anglaise, pratique et efficace. Ils en étaient à leur deuxième transat familiale, avec leur fils de 15 ans. Le mari, lui, semblait avoir une bonne expérience de la mer car il en parlait beaucoup. En fait il parlait surtout beaucoup de lui-même. Quel dommage ! Son attitude générale consistait à s’attirer toute l’attention disponible. Il siphonnait tout, ça en était gênant. On se sentait obligé de détourner le regard quand il parlait, pour ne pas encourager son égocentrisme, pour ne pas donner de continuité à son besoin d’exister goulument, et d’être au centre. Il ne savait pas écouter, ni observer d’ailleurs.

Ce qu’il voyait ne lui servait qu’à mesurer combien d’attention il captait, uniquement. Il était plein de lui-mème, de ce qu’il savait faire, de ses expériences, de ses idées, de son chaos.

Et puis il y avait sa femme. Son visage était contorsionné par des impulsions qu’elle ne contrôlait pas. L’oeil droit se fermait en partie, et la partie gauche de sa lèvre était peu mobile. La figure avait trouvé une forme de symétrie dans son désordre. Ça s’équilibrait. Elle était effrayée à l’idée de mourir, c’était palpable. Elle nous confia ensuite avoir échappé à la mort dans un accident de voiture. Elle en était encore toute traumatisée. Elle ne s’était jamais remise de tout ça. Elle n'était pas encore libérée de sa peur et de son angoisse. Elle en était comme attachée à sa souffrance. Elle s'était identifiée à elle en quelque sorte.

Elle en parlait avec des yeux gonflés de larmes et de rougeur. C’était sa façon d’exister, dans la douleur.

Elle disait que la seule chose qui la traumatisait c’était de ne pouvoir dire au revoir à ses enfants si elle devait mourir. Son attachement et sa peur de les perdre engendraient tout son désordre, elle vivait dans la peur. Elle s’était aussi convaincu qu’elle n’avait pas d’attachement, elle vivait dans la contradiction.

Quant à son mari, il s’était bien habitué à son désordre à elle, et il en parlait comme on parle d’un phénomène naturel, un état de fait. Il s’y était habitué par manque d’attention, trop occupé avec lui-même. A aucun moment il ne pouvait se remette en question, considérer le problème comme relevant d’une peur non adressée, non confrontée. Cette brave femme pourrait alors se remettre à vivre dans la joie, s’alléger de son fardeau. Cela demandait juste un peu d’attention à l’autre. Mais non, c’était trop lui demander, lui d’abord et les autres ensuite. Un grand classique, il suffit de regarder autour de soi..

Et puis il y avait le fils, bon à rien à l’école semblaient-ils suggérer tous les deux, rebelle aussi. Il monologuait parfois après avoir répondu à une question. Lui aussi succombait à une forme de démence. C’était une famille névrosée, sans nul doute, une cellule contaminée par l’égocentrisme, la peur et le manque de clarté intérieure. C’est fou ce que ça vous plombe un groupe le bazar interne ! Tout le monde y avait succombé, sans pitié. Tous marqués au fer rouge.

A y regarder de plus prêt, on constate que le problème de l’individu est bien le problème de l’égo et du moi. Et tous les problèmes collatéraux trouvent leurs sources dans la pensée traditionnelle.

Mais l’individu s’est piégé à cause du regard qu’il porte sur lui-mème. Il s’est convaincu que tout est question d’interprétations et complexe. Il croit que ce qui vaut pour l’un ne vaut pas pour l’autre, et que la vérité n'existe pas. Mais non, tout n’est pas compliqué Monsieur ! Tout d’abord il ne faut pas écouter les spécialistes, ces spécimens tous plus déréglés les uns que les autres. Ils incarnent eux-mèmes la confusion, c’est un fait ! Donnons de la place au raisonnement et aux observations. Apprenons à écouter. Soyons attentifs, et la route s’imposera d’elle-mème, sans avoir besoin d’exercer de choix, et sans confusion. »


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